Quelques spectacles équestres visibles sur Paris : Battuta de Zingaro! mais aussi Bouglione au Cirque d’Hiver, Le Cirque National Alexis Gruss, et l’Académie de Versailles.
Virée à Paris et ses spectacles équestres…

Après le stage, Marie-Claude a profité d’une semaine à Paris bien remplie!
D’abord, le spectacle de la famille Bouglione au Cirque d’Hiver. Le lieu est absolument magnifique, dorure et velours rouge à profusion. Trouver son siège tient de l’exploit dans ce véritable labyrinthe, mais ça fait partie de l’expérience et il faut prendre avec humour les indications contradictoires des placières en livrées écarlates. Il faut voir ce cirque au moins une fois dans sa vie. C’est particulièrement intéressant pour les petits Nord-Américains que nous sommes, et oui, le faste existait bien avant le Cirque du Soleil à Vegas… C’est le cirque traditionnel, donc clown Blanc et Auguste, Monsieur Loyal, tigres, trapèze volant, jolies «pitounes» qui dansent sur la pistes entre les numéros (Aïe aïe aïe…), orchestre excellent avec cuivres, et des paillettes, des paillettes… de quoi en faire une indigestion! La recherche de l’effet spectaculaire est constante, mais tout est prévu, pensé, préparé, répété… On peut aimer ou non le style, on a affaire à un spectacle rodé au quart de tour. Par contre le numéro de Haute École, euh, à oublier…

Ensuite, le Cirque Nationale Alexis Grüss, dont le chapiteau est planté comme tous les hivers sur la pelouse de St-Cloud. La réputation est grande et les attentes l’étaient également. Belles installations et excellent orchestre là aussi. Il faut comprendre que l’on a affaire à un cirque familial, donc les membres de la familles font plusieurs numéros. On sent un sentiment d’appartenance très fort et une belle complicité chez les artistes, mais il faut avouer que les techniques ne sont pas toutes abouties. Le trapèze, par exemple, tranche franchement avec la qualité des numéros que l’on a l’habitude d’apprécier au Soleil, à Éloise, ou chez les Arts’Sauts et autres … C’est compréhensible mais ça surprend un peu. Les numéros équestres sont nombreux, la cavalerie est importante et variée, frisons, arabes, ibériques, poneys… Il y a beaucoup de travail en liberté, un peu de voltige, et du travail monté qui reste un peu approximatif, saut d’obstacle, amazone… Le final avec 18 chevaux en liberté, c’est à-dire 3 groupes de 6 chevaux qui tournent en sens inverse autour de la piste, est particulièrement impressionnant et le salut final avec les chevaux et tous les membres de la famille sur 3 générations est touchant.

Et puis le spectacle 2006 de l’Académie du Spectacle Équestre de Versailles. Ici, on s’éloigne des paillettes et de la folie du cirque. Ici règne le calme, l’ordre, le raffinement… D’abord, le lieu impressionne : le manège, avec ses miroirs, ses lustres, la froideur de la pierre que vient réchauffer les planches de bois naturelles et les fresques magnifiques de Jean-Louis Sauvat. D’ailleurs, quand les estrades sont pleines, on a du mal à les apprécier car le recul nous manque. Mais de près, on est saisi par le coup de fusain, la touche de l’artiste, nerveuse, énergique, exceptionnelle. Il y a quelque chose de sauvage dans ces chevaux qui contraste merveilleusement avec la rigidité du contexte. Les présentations équestres sont à la hauteur des attentes, irréprochables. Les chevaux sont calmes, décontractés, souples, rassemblés. L’ensemble est propre, du très très beau travail de dressage, piaffé, passage, changement de pied, pas espagnol, longues rênes… La diffusion de textes et de citations de maîtres équestres, y compris de Bartabas, complémente les démonstrations. Le choix des couleurs des robes des chevaux, des tapis de selle, des costumes des écuyères, etc… tout crée un ensemble harmonieux et étudié. Les techniques sont anciennes (escrime, chant, équitation), mais la présentation est contemporaine. Ou plutôt intemporelle? Le seul bémol, à notre humble avis, c’est le visage des cavalière, froid et fort peu souriant dans l’ensemble. Évidemment, on est pas au cirque, mais, on peut être heureuse de vivre, non? Surtout dans un si bel endroit… Le dernier tableau, ou les lusitaniens crèmes en libertés se rassemblent au moment où les jeunes filles font voler leurs jupes orangées, telles des dervishes-fleurs, est vraiment magique. Bref, un beau moment, un ravissement pour les sens et l’âme cavalière.

Et le dernier, mais non le moindre…
Battuta!! Le dernier spectacle de Zingaro… Ici, tout est joie, exubérance, ivresse, vitesse! Ici aussi le lieu impressionne bien que fort différent. Les bâtiments de bois, spécialement le théâtre où l’on pénètre par un grand escalier suivi d’une passerelle qui surplombe les écuries. Les murs respirent quelque chose de particulier, à la fois vivant, chaleureux, animal, mystérieux… L’obscurité qui entoure la piste avant le spectacle, la fébrilité de trouver sa place et la joie d’être là, une joie qui porte en elle le mystère du spectacle que l’on a hâte de découvrire … qui débute enfin, tout doucement, par un troupeau de chevaux en liberté autour d’une cascade, crins, muscles, robes, qui se mettent en mouvement, se déplace, tourne autour de la piste… la suite est un feu roulant qui nous accroche un sourire du début à la fin. C’est une fête, drôle, belle, vivante… Deux orchestres, exquis, se font face, l’un de cuivres, l’autre de cordes. Beaucoup de tableaux de voltige, cosaque, sur croupe, ponctués par l’image poétique de la mariée avec un long voile flottant (changements de pieds sur le cercle aux deux temps, pirouettes…), qui rappelle les œuvres de Chagall, comme aussi le personnage du violoniste et bien d’autre choses : poste hongroise, saut de haies, des attelages complètements farfelus lancés au galop, des chiens qui tentent de les rattraper, la jeune fille qui se laisse enlever par un beau cavalier, son vieux père qui les poursuit, le fou du village (ou plutôt de la caravane?) qui rappelle un peu notre Alexis le Trotteur (il courre aussi vite que son cheval…)… Bref, des images fortes, des artistes tous excellents qui portent véritablement leurs personnages avec une bonne humeur évidente… Et Bartabas? Et bien pour ne pas voler le «punch», disons, bref mais intense, étonnant et…drôle! Et le tout se termine comme il a commencé, en un grand cycle, comme la piste ronde, comme la vie… Un spectacle fabuleux en somme. Et à la sortie, un feu de bois attend les spectateurs sous les étoiles… Le site avec le village des roulottes et les gens qui y habitent, un autre monde au cœur de la Cité, dont on ressort plus heureux, le cœur plus léger, les yeux remplis d’images, la tête pleine de musique… reconnaissants.

Pour info et photos : http://www.zingaro.fr